Poitou-Charentes : une région s’affiche

On m’a offert récemment le livre « Poitou-Charentes – une région s’affiche« , d’Arthur et Jean-Michel Saizeau.

Comme le nom l’indique, cet ouvrage retrace l’histoire de l’affiche picto-charentaise. Paru fin 2007, il semble avoir pour origine le blog affiches.poitoucharentes dont les premiers articles datent de juin 2006.
On retrouve principalement des œuvres datant de la première moitié du 20ème siècle et les affiches des années 1900 présentées dans ces pages sont évidemment le reflet du graphisme l’époque. Et l’Art Nouveau a un peu sa place dans cet ouvrage, par la présence ou l’influence des graphistes les plus célèbres de l’époque, ou par quelques éléments décoratifs floraux ou ondulant.

Comme l’expliquent les auteurs dans l’avant-propos, l’ouvrage est né de leur amour pour ces supports mais aussi de leurs rencontres avec des collectionneurs, des experts, des archivistes, etc. De surcroît l’ouvrage aurait pu se limiter aux affiches du cognac – que l’on peut considérer comme le produit phare de la Région -, puisque l’on en répertorie en tout plus de 300, mais seules 50 d’entre elles ont été mises en avant dans la quatrième et dernière partie de l’ouvrage.

L’ouvrage est en effet découpé en 4 parties thématiques :

1. La part de l’eau.
J’en ai déjà parlé dans mes petits billets royannais : le tourisme s’est développé sur la côte dans la deuxième moitié du 19ème siècle, et surtout dans le dernier quart. Les chemins de fer de l’état sont d’ailleurs à l’origine d’un nombre très important d’affiches – comme ce fut le cas dans de la plupart des régions françaises à potentiel touristique. Royan, Fouras ou encore Rochefort était alors mise à l’honneur par des graphistes comme Champseix, Pal, Lacaze, Boudet ou encore Jacques Palyant qui signe l’affiche « Grande semaine de La Rochelle » où les volutes des vagues, des drapeaux ou des tissus pris dans le vent tranchent avec la rigidité de l’encart informatif.

2. La part de la terre :
L’intérieur des terres avait certes moins d’intérêt pour le touriste attiré par les bains de mer, mais en s’éloignant de la côte les affiches cherchaient à faire découvrir les beautés de la région. Là encore, les chemins de fer de l’état ont produit de nombreuses réclames où sont représentées Saintes, Poitiers ou la Marais Poitevin. Parmi les représentations au style un peu moderne, j’ai surtout noté celle pour les fêtes de charité de Melle, le 19 août 1900. Réalisée par Minos, elle me fait penser à l’affiche de la Revue Blanche de Bonnard.

3. La part de marché :
La région ne vivant bien sûr pas uniquement du tourisme, les affiches locales ont également eu comme objet la promotion des industries régionales (telles que l’industrie du papier en Charente ; cf. mon billet sur le musée du papier) mais aussi de petites entreprises. Jacques Abeillé, pour les biscuits Rouchier, entoure un personnage féminin de volutes, tout comme des graphistes anonymes pour la chapellerie Bruyas ou la lessive La Violette. Mais c’est l’affiche pour « Paris Niort », par Louis Hingres, qui sort définitivement du lot. L’affiche – un calendrier plus précisément – n’a probablement pas été créée pour le magasin de nouveautés de la rue Victor Hugo de Niort, puisque cette même affiche existe pour « Paris voltaire » et est en vente sur plusieurs sites web spécialisés.

4. La part des anges :
C’est en effet donné le nom poétique donné à la part d’eau de vie qui s’évapore et cette parri est donc consacrée au cognac.
Tiens tiens, une affiche Comandon serait donc attribuée à Mucha ? Je ne voudrais pas mettre en doute les écrits des auteurs (qui disent que le cadre décoratif est caractéristique du style de Mucha) et certains sites en disent autant, mais pas les deux livres que je possède sur l’auteur. Et je suis perplexe car on est très loin de son style.
Bref, je préfère en tout cas me fixer sur les affiches de Cappiello, qu’elles datent des années 1900 ou qu’elles soint plus bien tardives, mais également admirer ceux qu’il a semble-t-il inspirés (tels Stall, ou Stéphane pour le cognac Briand ) qui ne ce sont pas embarrassés, comme leur « maître », de toutes ces volutes et fanfreluches.
Cappiello a d’ailleurs réalisé en 1912 la plus connue des affiches pour le papier à cigarettes Le Nil, que l’on retrouve dans la 3ème partie.

Voilà… c’était une fois de plus une plongée dans les années 1900 de ma région d’origine.
Pour être le plus honnête possible, ce livre contient une ou deux coquilles (dont une en quatrième de couverture, Cappiello se retrouvant « figure de l’affiche au XIXème »). Mais je conseille fortement cet ouvrage d’une très grande qualité, où chaque illustration (et combien d’illustrations dans ces 140 pages !) est décrite et replacée dans son contexte…

Toutes les illustrations de ce billet ont été prises sur http://affiches.poitoucharentes.over-blog.com/

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