Le paysan, la ferme et le tracteur

Il me plait souvent, lorsque je vais chez mes parents, de feuilleter le splendide livre « Le paysan, la ferme et le tracteur« .
Celui-ci a pour sujet les affiches agricoles des années 1860 à 1960, mais évidemment ne se limite pas qu’à l’aspect graphique et retrace l’histoire de l’agriculture française sur cette même période, les chapitres ayant pour thèmes par exemple les femmes dans l’agriculture, la mécanisation, la guerre et la politique ou la paysannerie dans l’imaginaire social.

Du côté de l’Art nouveau et de ses représentants, si c’est Mucha qui nous accueille dès le premier chapitre avec une peinture représentant de jeunes gens cueillant des fruits, on retrouve Victor Prouvé pour un manifeste de 1918 sur « l’effort paysan » (« Le paysan, lui aussi, travaille à gagner la guerre » peut-on y lire à la fin), une réalisation de Georges Fay pour le syndicat central des agriculteurs de France, quelques arabesques ici ou là ou le nom de Jules Chéret pour une publicité de 1880 pour un constructeur de machine agricole, Jules Chéret étant alors déjà un grand nom de l’affiche. L’affiche réalisée par Charlet pour le Concours national agricole de Bordeaux, de 1910, est aussi remarquable par sa typographie moderne (et par un sens du détail graphique absolument splendide cela dit en passant).

Parmi tout ceci, l’image la plus « intéressante » graphiquement, pour ne pas dire la plus belle sur la période Art nouveau, est celle pour la Ligue vinicole de France vers 1900 :

Réalisée par Manuel Orazi, cette oeuvre pour laquelle aucune date précise n’est fournie représente une femme vêtue d’un robe légère sur laquelle froufroutent quelques arabesques (que l’on retrouve également dans sa coiffure). Elle presse du raisin dans une coupe, tandis qu’un ange vient tremper sa flèche dans ce breuvage. L’imagerie classique voire antique est bien là, mais un découpage en coup de fouet entoure l’illustration. Simplicité des lignes, couleurs chaudes du fond sur lesquelles tranchent les vêtements et peaux clairs des personnages, l’affiche est lumineuse, simple… On peut y lire, en bas : « Voulez-vous empêcher que l’on aille à l’alcool ? Mettez le vin, le vin naturel et sain, sur le chemin des populations que l’alcool dévore – Frédéric Passy (Congrès de l’alcoolisme 1878) ». L’alcoolisme était en effet alors un fléau en France.

Mais ce visage, ça ne vous dit rien ? La première fois que je l’ai vu, il y a deux ans je crois lorsque mon père s’est faire offrir ce livre… ce visage ne m’était pas inconnu. Évidemment une recherche sur internet avait alors vite répondu à mon interrogation : La Maison Moderne !

A l’époque je n’avais évidemment pas vu l’exposition sur Charpentier, et cette affiche était logée dans un coin de mon cerveau, probablement aperçue ici ou là dans quelque ouvrage sur l’Art nouveau. Et donc, ce visage, c’est le même. Même nez, même menton, même regard. Seule la coiffe/coiffure fait la différence, même si l’on retrouve dans les deux cas quelques volutes derrière le crane…

On pourrait se dire que l’affichiste faisait dans la facilité, mais on se rassurera en découvrant les autres créations de l’artiste… Ce sera cependant pour une autre fois…

Le paysan, la ferme et le tracteur….
Le rural et ses images, un siècle d’affiches agricoles 1860-1960
© Somogy Editions d’Art, Paris 2006
© Le Compa – conservatoire de l’agriculture, Chartres 2006
ISBN : 2-7572-0017-8

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