La Loïe Fuller

Si la femme fut une très grande inspiration pour l’Art Nouveau, il est une femme qui le fut plus que toutes les autres : la Loïe Fuller.

Loie Fuller Cette danseuse américaine (1862 – 1928) raconte dans ses mémoires comment, en 1891, le hasard d’un costume trop long transforma aux yeux du public alors présent ses mouvements de gêne en un vol de papillon. Les mouvements devinrent alors une danse, et par un jeu de voiles et de lumière, elle habilla la scène et fit tourner la tête des plus grands, surtout à partir de son arrivée à Paris aux Folies-Bergères en 1892.

Loie Fuller par RodinElle enthousiasma Rodin (cf. ci-contre) qui s’était déjà intéressé au French-Cancan, inspira Mallarmé, Debussy disait qu’elle interprétait sa musique avec virtuosité, et Isabella Duncan se rappella dans son autobiographie les sentiments qu’elle éprouva en voyant Loïe Füller danser. Elle y utilisa un vocabulaire floral fort à propos pour décrire une « représentante » de l’Art nouveau :

« Devant nos yeux, elle se métamorphosait en orchidées multicolores, en fleurs de mer ondoyantes, en lys qui s’élevaient comme des spirales. C’était tout la magie de Merlin, une féérie de lumières, de couleurs, de formes fluides. »

(On peut d’ailleurs considérer qu’Isadora Duncan succéda à Loïe Fuller comme inspiratrice des artistes. Ironie du sort, Isadora Duncan mourut au volant de sa voiture… étranglée par son écharpe !)

Evidemment, les volutes de ses voiles ne pouvaient qu’attirer les illustrateurs de l’époque pour réaliser ses affiches, tel Chéret :


ou Pal :

Henri de Toulouse-Lautrec, probablement touché par ce « renouveau » féminin, lui qui en avait tant vu au milieu des bordels de Paris, et des danseuses en frou-frou, la représenta à plusieurs reprises : la dessina, la peignit en 1892, puis 1893, parsemant alors sa danse des voiles de poussière d’or.
Loie Fuller par Toulouse Lautrec, 1892 Loie Fuller par Toulouse Lautrec, 1893

En 1894, c’est William Bradley qui représenta sa compatriote (avec Serpentine danse) d’une manière presque amusante : on n’y voit que les pieds dépassant d’un jeu de courbes.
Loie Fuller par William Bradley
La danseuse se retrouva au fil des ans sur des bijoux, des céramiques (par Clément Massier par exemple) ou des sculptures par (pour n’en citer que deux) Francois Rupert-Carabin ou Bernhardt Hoetger. Ce sculpteur allemand avait d’ailleurs travaillé avec Rodin et ses premiers bronzes était très influencé par le travail du maître et par l’Art Nouveau français.

Bernhardt Hoetger et ceux qui la représentèrent à partir de 1900, pour être autant envoûtés, avait-il vu la danseuse en spectacle lors de l’Exposition Universelle de 1900 ? Alors à son apogée artistique, elle y avait son propre théâtre dans la rue de Paris. Ce théâtre avait été réalisé par le jeune architecte Henri Sauvage. Le bâtiment était à l’image de la danseuse : celle-ci était représentée en plein relief au-dessus de l’entrée principale, le reste de la façade ondulant sous les voiles sculptés. C’est Manuel Orazi qui avait réalisé l’affiche pour son théâtre que l’on peut voir ci-contre.

La même année, Theodore Heine en fait également une illustration :

Mais l’oeuvre la plus emblématique date de 1901. Cette danseuse de (la) lumière fut alors transformée en pied de lampe, ses voiles devenant l’abat jour. L’artiste est F.R. Larche qui devra sa renommée grâce à ces/ses représentations de la Loïe Fuller en « fée électricité », car il ne se limita pas à un seul essai.

D’après mes rapides recherches dans mes livres et sur le web, la dernière fois que la Loie Füller fut immortalisée fut en 1910, par Koloman Moser :

… Mais mes recherches furent peu poussées : j’aurais sûrement pu trouver bien d’autres exemples de l’engouement qu’elle suscita dans le monde des arts. Je n’ai d’ailleurs pas évoqué le monde de la photographie… ni présenté ici tout ce que j’ai trouvé sur le sujet. Pour un deuxième billet peut-être ?

2 réflexions au sujet de « La Loïe Fuller »

  1. G&B

    Bonjour,

    Il y a un tres beau livre qui a été édité par RMN pour une expo sur Loie Fuller à Nancy en 2002. Ce livre "Loie Fuller, danseuse art nouveau" est à un prix défiant toute concurrence : 6€ pour un livre grand format illustré de 180 pages

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  2. Barbara

    "Pendant que, sur mon mur, dansait la Loie Fuller, Sous l’œil énamouré et l’air patibulaire.
    De Fragson, Fragson.
    Allez savoir pourquoi, il existe des nuits …"

    Répondre

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