Archives de catégorie : Graphisme

L’absinthe

S’il est une boisson qu’on associe facilement aux années 1900 (ou plutôt au 19ème siècle et au début du 20ème), c’est bien l’absinthe. Cet alcool était tellement consommé à partir de 1870 qu’on l’appelait alors « boisson nationale » : il avait alors remplacé le vin, qui avait subi le phyloxera et l’oïdium, et il avait surtout, par l’évolution des moyens de production, vu son prix baisser.

Boisson fort courue chez certains artistes de l’époque, l’absinthe sera l’objet de quelques toiles de Van Gogh, Toulouse-Lautrec ou Degas (et son célèbre Dans un café nommé également l’Absinthe). Mais, à cette époque où l’affichage publicitaire se développe, l’absinthe sera surtout placardée dans les rues ou sur les murs des cafés.

absintheLe lien principal entre ces affiches et l’Art nouveau est la représentation féminine. La femme, évoquée par nombre d’artistes modernistes à cette époque est, pour les publicitaires, une représentation ou une représentante du plaisir. La voici donc sur de nombreuses affiches, souriante, qui tend son verre ou tient une bouteille. La voilà aussi qui savoure avec un large sourire sa boisson préférée – c’est mon péché mignon, dit-elle pour l’absinthe Terminus.
Ou bien la voilà aguicheuse sur la si belle affiche pour l’absinthe Berthelot (ci-dessous) ou chez « L’absinthe Parisienne » (« bois donc… tu verras bien » dit-elle), voire même très légèrement vêtue, une affiche d’Auzolle ou une autre de Tamagno laissant apparaître un sein.


Les autres caractéristiques Art nouveau des affiches sont les habituelles marques graphiques : polices de caractères innovantes et lignes en coups de fouet. C’est le cas par exemple de la marque Vichet, ou de l’absinthe Blanqui, qui après une affiche représentant le visage du fondateur, représente par deux fois une jeune femme au milieu de lignes sinueuses.

La plus connue des publicités est celle de l’absinthe Robette, créée par le graphiste belge Privat-Livremont . De style on ne peut plus Art nouveau, avec une police moderne et des volutes décoratives, elle représente justement une femme recouverte d’un léger voile. Son corps paraît au travers tandis qu’elle tient, bras tendus, un verre d’absinthe. Par cette position, sorte d’offrande aux cieux, on retrouve d’ailleurs un peu de l’imagerie mythologique. L’affiche est réalisée en 1896, et le style de l’auteur se verra souvent comparé à celui de de Mucha à tort ou à raison.

Du côté des illustrateurs, c’est Cappiello qui s’est le plus illustré dans ce domaine, avec la création de quatre affiches, résolument modernes, à partir de 1901. On pense alors au graphisme festif et coloré de Grün qui officie depuis une dizaine d’années comme affichiste. Mais le style de Cappiello, qui fera surtout sa renommée après la guerre de 14-18, se reconnait surtout par ses aplats de couleurs vives ou de noir et une technique plus basée sur la ligne et la silhouette que sur les détails.

L’absinthe fut interdite en France en 1915 (plusieurs années après ses voisins européens et les Etats-Unis), car elle contenait des composants nocifs, en particulier la thuyone. Les affiches de lutte contre ce breuvage ou contre l’alcoolisme en général furent parfois assez jolies, mais ce n’était pas leur but premier : elles étaient plutôt faites pour faire peur. Il ne faut pas oublier non plus que l’alcoolisme était un véritable fléau à l’époque.

Dans les petites bizarreries sans grand intérêt, une compilation de chansons sur l’absinthe a justement comme pochette l’affiche pour Vichet, avec en guise d’encadrement l’illustration de Joseph Auschentaller pour le poème Ver Sacrum de Ferdinand Von Saar.

J’ajoute également l’existence d’une pâle imitation de Koloman Moser pour l’apéritif « Fleurs du mal » (mais oui mais oui) dont j’ai déjà parlé dans un petit billet :

Pour plus d’informations sur cet alcool, vous pouvez également vous rendre au musée de l’absinthe d’Auvers-sur-Oise, sur le site l’heure verte, ou, pour les parisiens à la boutique « Vert d’absinthe » située dans le Marais.

Sources pour l’écriture de ce billet :
« Petit traité de l’absinthe » de Marie-Claude Delahaye. Très joli ouvrage que je conseille.
« L’absinthe, les affiches » de Marie-Claude Delahaye. Livre passionnant que je conseille également, avec en particulier une première partie sur l’histoire technique et commerciale de l’affiche.

Muchart postal

Jadis, je faisais de l’art postal. J’ai dû réaliser ma dernière enveloppe il y a… 3 ans ? Peut-être y reviendrais-je un jour. En attendant, pour ceux qui aime cette pratique artistique un peu timbrée, je vous invite à participer à celui de Sygal sur le thème de Mucha :
http://projetmucha.canalblog.com/

Bon, on a du temps devant nous, peut-être sera-ce l’occasion pour moi de ressortir la colle ou les aquarelles ?

Le Masque Anarchiste, de Privat-Livemont

Le livre « L’affiche en Belgique – 1880-1980 » a été édité à l’occasion de l’exposition éponyme, au musée de l’affiche qui se trouvait alors rue de Paradis à Paris.
L’exposition avait été organisée à l’occasion du 150ème anniversaire de l’Indépendance de la Belgique, en 1980.

Cet ouvrage présente 152 créations, dont 54 affiches datant d’avant la première guerre mondiale, la plupart d’un style purement Art nouveau. Si l’on regrettera le fait que la plupart des affiches soient en noir et blanc, quelques unes sont tout de même en couleur.
C’est en particulier grâce à ce livre que j’ai découvert l’étonnante affiche suivante : Cette affiche de 1897 annonçait le feuilleton « Le Masque Anarchiste » de Montjuich, qui paraissait dans le quotidien « La Réforme ». Le dessinateur de cette affiche est Privat Livemont (1861-1936), connu entre autres pour son affiche « L’absinthe Robette« , pour laquelle on le compara un peu trop à Mucha. L’affiche de ce feuilleton est pourtant loin de l’univers de Mucha de par la violence qu’elle représente.

Privat Livemont réalisa au moins deux autres annonces, en 1896, pour des feuilletons publiés dans La Réforme : « L’orgueil d’une mère » :

Et « La fille du forain » :

Les expressions et les ambiances laissent encore planer une dramaturgie évidente, qu’on ne retrouve absolument pas Mucha, sauf peut-être dans les yeux de Médée. Mais oublions cette comparaison ! Cet artiste mérite bien mieux… mais ce sera pour une autre fois…

Clin d’oeil d’un lecteur

Jyioné, lecteur et commentateur de ce blog, a réalisé un nouveau dessin d’inspiration Art nouveau :

http://jiyone.fr/cakeboy/?2009/03/01/88-yeah-la-melancolie-enfin-termine

L’auteur de ce blog, pâtissier, avait même fait il y a quelques mois un gâteau art nouveau !

http://jiyone.fr/cakeboy/?2008/12/07/86-chocolat-art-nouveau

En manger rapporte plus des poignées d’amour que des poignées de portes Guimard…

L’opéra de Sarah

Mucha est de retour sur les murs de Paris ! En effet, un spectacle intitulé « L’opéra de Sarah » raconte actuellement la vie de Sarah Bernhardt (et l’on m’a dit beaucoup de bien de ce spectacle).

L’affiche reprend le personnage de l’affiche de Gismonda, mais regardant vers la droite et sans la palme. Cette affiche fut un véritable tremplin pour la carrière de Mucha, alors inconnu, et la première d’une longue série de collaborations entre les deux artistes.

En vérité, elle ne fut pas l’affiche utilisée lors des premières représentations — la première eut lieu le 31 octobre 1894 —, mais pour en savoir plus sur la genèse de cette affiche, rendez-vous sur l’incontournable site web de Christian Richet.

Cette pièce fut aussi la première collaboration de Sarah Bernhardt avec l’un des maîtres de la joaillerie Art nouveau : René Lalique. Lalique créa en effet les bijoux que l’actrice portait sur scène pour ce rôle. Dans la correspondance de Lalique, on peut d’ailleurs lire une courte lettre de l’actrice, fin octobre 1894 :

Mon cher Lalique
Voulez-vous me rendre le grand service de cacher le rouge de cette ceinture par un rang de perles très fines. Je suis vêtue de blanc et le rouge fait très dur. Je ferai chercher la ceinture demain à dix heures car je répète généralement dès huit heures. Je vous ferai remettre en même temps deux place pour la répétition générale qui est demain. Mon masque est superbe. Mille fois merci et mille compliments.
Sarah Bernhardt.

Comme quoi ma lecture de ses correspondances est un peu utile 🙂

L’opéra de Sarah
Théâtre de l’Œuvre
55, rue de Clichy
75009 Paris
Tél : 01 44 53 88 88

www.alainmarcel.fr

Depuis le 20 janvier et jusqu’au 23 mars 2009
Les mardi , mercredi , jeudi , vendredi , samedi à 21h00
Les dimanche à 15h30

Tea Party – Nancy Peña

Un tout petit article et une toute petite image dans le magazine Les Inrockuptibles… mais ça m’a sauté aux yeux, cette police sur cette couverture…

En effet, le thé qui fume, quelques volutes, la police justement nommée « Art nouveau Caps » et le tour est joliment joué pour le titre de cette bande-dessinée dont l’action se passe en Angleterre à la fin du XIXème siècle. (L’occasion pour moi d’apprendre que la Reine Victoria avait régné de 1837 à 1901, tout de même !).

Cette auteure semble également aimer le Japon — cf. le tome précédent, le Chat du kimono. Je vais me pencher sur son œuvre (voire pourquoi pas la contacter) pour savoir si japonisme et fin de règne victorien ne laisserait pas supposer un intérêt pour le graphisme Art nouveau…

Une petite boîte

Après les volutes d’une soucoupe, voici celle d’une boîte que j’ai ramenée de Nancy…


C’est (évidemment) la police Arnold Böcklin qui est utilisée.

J’espère vous mettre autre chose sous la dent que des bonbons lors du prochain billet !

Une affiche russe

Si aujourd’hui on écrit partout que « fumer tue », on ne s’en préoccupait pas autrefois. Une affiche russe laissait même une femme préférer le parfum du tabac à celui des roses :

L’affiche est sur la vitrine d’un café de la rue Saint-Maur, décorée de nombreuses affiches.

Ojos de Brujos

Un commentaire de Guillaume, il y a déjà quelques semaines, me parlait du dernier album d’Ojos de Brujos, inspiré par Mucha. Je n’avais pas encore pris le temps d’en savoir plus, mais aujourd’hui, enfin, j’ai googlé… et j’ai trouvé ça :

Ojos de brujo

Cela s’avère être l’affiche du groupe en concert, l’album reprenant le même visuel recadré autour de ce cette forme en croissant ouvert vers le bas, tellement caractéristique de l’oeuvre de Mucha.

Je n’ai pas retrouvé les motifs à l’intérieur de ce croissant dans les créations de Mucha, peut-être sont-ils tirés d’une affiche peu connue, mais ils sembleraient plutôt inspirés de l’affiche « La Danse » que l’on voit ci-contre.

Un gros plan (pas propre) pour comparer :

Mise à jour du 4 mai – 19h : Merci à Jiyone pour son commentaire, en effet les motifs en haut et en bas sont repris de « Rêverie » :

La carte postale en Suisse au temps de l’Art Nouveau

Pour faire écho à l’exposition sur la carte postale photographique qui a lieu actuellement à l’Hôtel de Sully, un tour sur le web permet de compléter les informations sur les premières décennies d’usage de la carte postale.

Par exemple, la ville de la Chauds-de-Fonds, en Suisse, important centre d’Art Nouveau, a organisé du 7 mars 2006 au 28 janvier 2007 l’exposition « La carte postale en Suisse au temps de l’Art Nouveau »

On retrouve donc sur le site de la ville de La Chaux-de-Fonds une page web très complète sur l’histoire de la carte postale.

Première Correspondenz-Karte, considérée comme la première carte postale, en 1869. Première carte Suisse en 1871. Première carte postale publicitaire en France en 1873 pour La Belle Jardinière
La carte postale se démocratise vraiment dans les années 1890, son développement allant de pair avec l’amélioration des techniques de reproduction et d’illustration. A Vienne, Milan, Londres ou Paris, un tel support à grande diffusion va alors intéresser les milieux artistiques (maisons d’éditions, revues telles que Jugend ou Cocorico), même s’il faut avouer que ces cartes illustrées furent alors minoritaires – 90% des cartes étaient photographiques. Les maîtres du graphisme Art Nouveau vont donc participer à l’engouement pour les cartes postales (Mucha, Moser, Chéret, Martini, Kirchner, pour n’en citer que quelques-uns) et les expositions et concours se multiplier.

Football Club de la Chaux-de-fondsEn Suisse (comme ailleurs), toutes ces petites pièces d’époque, disséminées et oubliées, sont aujourd’hui connues grâce aux collectionneurs, tels que Charles Ballif à La Neuveville et d’Armand Studer à La Chaux-de-Fonds. Mais La Chaux-de-Fonds a été un assez important centre de création par le biais de son école d’art. La page web se clôt donc par la présentation de quelques cartes suisses, où sapin et volutes s’entremêlent.

En réalité, la page web se termine par une présentation thématique de la carte postale Art Nouveau, mais faute d’un texte accompagnant ces dernières illustrations, voilà qui tombe un peu comme un joli cheveu dans une très bonne soupe. (Mais ne voyez pas derrière cette dernière phrase un avis négatif sur cette page : elle est très intéressante et très bien illustrée.)

Voilà, pour en lire un peu plus, rendez-vous sur http://cdf-mh.ne.ch

Mazzy Star

L’Art nouveau a beaucoup inspiré le graphisme rock psychédélique des années 60, mais depuis… pas grand chose. Pourtant, la pochette du formidable album « She Hangs Brightly » de Mazzy Star est on ne peut plus Art Nouveau puisqu’elle représente…

… Oui : l’entrée de l’hôtel Tassel !

L’hôtel Tassel fut construit en 1892-93 par Victor Horta, à Bruxelles…