lundi 28 septembre 2009
L'absinthe
Par Arnaud R, lundi 28 septembre 2009 à 16:31 :: Graphisme
Boisson fort courue chez certains artistes de l'époque, l'absinthe sera l'objet de quelques toiles de Van Gogh, Toulouse-Lautrec ou Degas (et son célèbre Dans un café nommé également l'Absinthe). Mais, à cette époque où l'affichage publicitaire se développe, l'absinthe sera surtout placardée dans les rues ou sur les murs des cafés.
Le lien principal entre ces affiches et l'Art nouveau est la représentation féminine. La femme, évoquée par nombre d'artistes modernistes à cette époque est, pour les publicitaires, une représentation ou une représentante du plaisir. La voici donc sur de nombreuses affiches, souriante, qui tend son verre ou tient une bouteille. La voilà aussi qui savoure avec un large sourire sa boisson préférée - c'est mon péché mignon, dit-elle pour l'absinthe Terminus. Ou bien la voilà aguicheuse sur la si belle affiche pour l'absinthe Berthelot (ci-dessous) ou chez "L'absinthe Parisienne" ("bois donc... tu verras bien" dit-elle), voire même très légèrement vêtue, une affiche d'Auzolle ou une autre de Tamagno laissant apparaître un sein.
Les autres caractéristiques Art nouveau des affiches sont les habituelles marques graphiques : polices de caractères innovantes et lignes en coups de fouet. C'est le cas par exemple de la marque Vichet, ou de l'absinthe Blanqui, qui après une affiche représentant le visage du fondateur, représente par deux fois une jeune femme au milieu de lignes sinueuses.
La plus connue des publicités est celle de l'absinthe Robette, créée par le graphiste belge Privat-Livremont . De style on ne peut plus Art nouveau, avec une police moderne et des volutes décoratives, elle représente justement une femme recouverte d'un léger voile. Son corps paraît au travers tandis qu'elle tient, bras tendus, un verre d'absinthe. Par cette position, sorte d'offrande aux cieux, on retrouve d'ailleurs un peu de l'imagerie mythologique. L'affiche est réalisée en 1896, et le style de l'auteur se verra souvent comparé à celui de de Mucha à tort ou à raison.

Du côté des illustrateurs, c'est Cappiello qui s'est le plus illustré dans ce domaine, avec la création de quatre affiches, résolument modernes, à partir de 1901. On pense alors au graphisme festif et coloré de Grün qui officie depuis une dizaine d'années comme affichiste. Mais le style de Cappiello, qui fera surtout sa renommée après la guerre de 14-18, se reconnait surtout par ses aplats de couleurs vives ou de noir et une technique plus basée sur la ligne et la silhouette que sur les détails.
L'absinthe fut interdite en France en 1915 (plusieurs années après ses voisins européens et les Etats-Unis), car elle contenait des composants nocifs, en particulier la thuyone. Les affiches de lutte contre ce breuvage ou contre l'alcoolisme en général furent parfois assez jolies, mais ce n'était pas leur but premier : elles étaient plutôt faites pour faire peur. Il ne faut pas oublier non plus que l'alcoolisme était un véritable fléau à l'époque.
Dans les petites bizarreries sans grand intérêt, une compilation de chansons sur l'absinthe a justement comme pochette l'affiche pour Vichet, avec en guise d'encadrement l'illustration de Joseph Auschentaller pour le poème Ver Sacrum de Ferdinand Von Saar.
J'ajoute également l'existence d'une pâle imitation de Koloman Moser pour l'apéritif "Fleurs du mal" (mais oui mais oui) dont j'ai déjà parlé dans un petit billet :
Pour plus d'informations sur cet alcool, vous pouvez également vous rendre au musée de l'absinthe d'Auvers-sur-Oise, sur le site l'heure verte, ou, pour les parisiens à la boutique "Vert d'absinthe" située dans le Marais.
Sources pour l'écriture de ce billet :
"Petit traité de l'absinthe" de Marie-Claude Delahaye. Très joli ouvrage que je conseille.
"L'absinthe, les affiches" de Marie-Claude Delahaye. Livre passionnant que je conseille également, avec en particulier une première partie sur l'histoire technique et commerciale de l'affiche.


Ce fut l'occasion d'apprendre que la couleur qui orne dorénavant la façade est la couleur d'origine. Les moyens techniques modernes ont permis d'analyser les couches de peinture pour arriver à retrouver cette belle nuance claire nageant entre le bleu, le gris et le vert.
Mais les interrogations restent entières pour savoir qui est le véritable architecte de l'édifice. Car les documents datant de 1903, et signés par Chedanne, présentent une façade à 4 travées, et non pas 3 comme celle construite... Chedanne aurait-il fait un autre projet (à savoir les plans pour la façade réalisée) dont les archives auraient disparu ? Un autre architecte aurait-il pris le relai ? Lors de la visite, l'architecte n'était malheureusement pas accompagné d'une autre personne prévue (historien des bâtiments de France ? je ne sais plus précisément) et n'était pas en mesure d'être vraiment précis sur les doutes et les indices... Dommage. Mais mon ami le mateur de nouilles résoudra peut-être cette énigme... ou découvrira peut-être pourquoi les ferronneries des portes ont des détails tellement guimardiens...
Je suis simplement en retard de deux mois, car je n'avais pas parlé du livre offert par Nathalie suite à son séjour à Turin. Elle y trouva en effet un livre sur l'Art nouveau que l'on avait repéré lors de notre séjour commun à Lecce.
