Un blog autour de l'art nouveau

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lundi 28 septembre 2009

L'absinthe

S'il est une boisson qu'on associe facilement aux années 1900 (ou plutôt au 19ème siècle et au début du 20ème), c'est bien l'absinthe. Cet alcool était tellement consommé à partir de 1870 qu'on l'appelait alors "boisson nationale" : il avait alors remplacé le vin, qui avait subi le phyloxera et l'oïdium, et il avait surtout, par l'évolution des moyens de production, vu son prix baisser.

Boisson fort courue chez certains artistes de l'époque, l'absinthe sera l'objet de quelques toiles de Van Gogh, Toulouse-Lautrec ou Degas (et son célèbre Dans un café nommé également l'Absinthe). Mais, à cette époque où l'affichage publicitaire se développe, l'absinthe sera surtout placardée dans les rues ou sur les murs des cafés.

absintheLe lien principal entre ces affiches et l'Art nouveau est la représentation féminine. La femme, évoquée par nombre d'artistes modernistes à cette époque est, pour les publicitaires, une représentation ou une représentante du plaisir. La voici donc sur de nombreuses affiches, souriante, qui tend son verre ou tient une bouteille. La voilà aussi qui savoure avec un large sourire sa boisson préférée - c'est mon péché mignon, dit-elle pour l'absinthe Terminus.
Ou bien la voilà aguicheuse sur la si belle affiche pour l'absinthe Berthelot (ci-dessous) ou chez "L'absinthe Parisienne" ("bois donc... tu verras bien" dit-elle), voire même très légèrement vêtue, une affiche d'Auzolle ou une autre de Tamagno laissant apparaître un sein.



Les autres caractéristiques Art nouveau des affiches sont les habituelles marques graphiques : polices de caractères innovantes et lignes en coups de fouet. C'est le cas par exemple de la marque Vichet, ou de l'absinthe Blanqui, qui après une affiche représentant le visage du fondateur, représente par deux fois une jeune femme au milieu de lignes sinueuses.

La plus connue des publicités est celle de l'absinthe Robette, créée par le graphiste belge Privat-Livremont . De style on ne peut plus Art nouveau, avec une police moderne et des volutes décoratives, elle représente justement une femme recouverte d'un léger voile. Son corps paraît au travers tandis qu'elle tient, bras tendus, un verre d'absinthe. Par cette position, sorte d'offrande aux cieux, on retrouve d'ailleurs un peu de l'imagerie mythologique. L'affiche est réalisée en 1896, et le style de l'auteur se verra souvent comparé à celui de de Mucha à tort ou à raison.



Du côté des illustrateurs, c'est Cappiello qui s'est le plus illustré dans ce domaine, avec la création de quatre affiches, résolument modernes, à partir de 1901. On pense alors au graphisme festif et coloré de Grün qui officie depuis une dizaine d'années comme affichiste. Mais le style de Cappiello, qui fera surtout sa renommée après la guerre de 14-18, se reconnait surtout par ses aplats de couleurs vives ou de noir et une technique plus basée sur la ligne et la silhouette que sur les détails.


L'absinthe fut interdite en France en 1915 (plusieurs années après ses voisins européens et les Etats-Unis), car elle contenait des composants nocifs, en particulier la thuyone. Les affiches de lutte contre ce breuvage ou contre l'alcoolisme en général furent parfois assez jolies, mais ce n'était pas leur but premier : elles étaient plutôt faites pour faire peur. Il ne faut pas oublier non plus que l'alcoolisme était un véritable fléau à l'époque.

Dans les petites bizarreries sans grand intérêt, une compilation de chansons sur l'absinthe a justement comme pochette l'affiche pour Vichet, avec en guise d'encadrement l'illustration de Joseph Auschentaller pour le poème Ver Sacrum de Ferdinand Von Saar.

J'ajoute également l'existence d'une pâle imitation de Koloman Moser pour l'apéritif "Fleurs du mal" (mais oui mais oui) dont j'ai déjà parlé dans un petit billet :

Pour plus d'informations sur cet alcool, vous pouvez également vous rendre au musée de l'absinthe d'Auvers-sur-Oise, sur le site l'heure verte, ou, pour les parisiens à la boutique "Vert d'absinthe" située dans le Marais.

Sources pour l'écriture de ce billet :
"Petit traité de l'absinthe" de Marie-Claude Delahaye. Très joli ouvrage que je conseille.
"L'absinthe, les affiches" de Marie-Claude Delahaye. Livre passionnant que je conseille également, avec en particulier une première partie sur l'histoire technique et commerciale de l'affiche.

samedi 26 septembre 2009

Visite du 124 rue Réaumur (75002)

Le 124 rue Réaumur pouvait être visité lors des journées du patrimoine. C'est donc ce que je fis le samedi 12 septembre, en compagnie du mateur de nouilles... et en présence de l'architecte chargé de la restauration.



Ce fut l'occasion d'apprendre que la couleur qui orne dorénavant la façade est la couleur d'origine. Les moyens techniques modernes ont permis d'analyser les couches de peinture pour arriver à retrouver cette belle nuance claire nageant entre le bleu, le gris et le vert.
L'intérieur a été entièrement rénové, et la structure en métal qui fait la particularité extérieure du bâtiment est à présent quasiment absente des locaux, en dehors de deux piliers qui ont été conservés au rez-de-chaussée.

Les autres ont dû malheureusement (et étonnament) être recouverts. Seul le quatrième étage pouvait être visité, mais c'est le plus intéressant car c'est celui avec les immense bow-windows :

L'intérieur du bâtiment est bâti autour d'une cour intérieur, offrant encore plus de lumière, en plus des immenses baies vitrées donnant sur la rue Réaumur.

Malheureusement, la verrière (qui se trouve au-dessus du 1er ou 2ème étage ?) est encore en réfection et donc couverte d'une bâche. La structure de la verrière st également en métal, mais aura-t-on la chance de la voir un jour ? Le bâtiment cherche locataire, et on ne peut qu'espérer un ouverture lors d'autres journées du patrimoine (ou de la chance) pour voir la verrière terminée.

Le bâtiment a déjà subi d'autres modifications par le passé. De 1944 à 1973, il est le siège du Parisien Libéré. Les photos d'époque montrent que le balcon du 5ème étage n'avait pas le même aspect : garde-cordes ondulant et énormes médaillons décorés rompaient nettement avec les lignes droites actuelles. On ignore à quelle date ceux-ci furent transformés. En 1975, des aménagement intérieurs sont réalisés, un double-vitrage est posé, et les entrées sont modifiées : la porte centrale disparait, une porte est ouverte à gauche.

Mais les interrogations restent entières pour savoir qui est le véritable architecte de l'édifice. Car les documents datant de 1903, et signés par Chedanne, présentent une façade à 4 travées, et non pas 3 comme celle construite... Chedanne aurait-il fait un autre projet (à savoir les plans pour la façade réalisée) dont les archives auraient disparu ? Un autre architecte aurait-il pris le relai ? Lors de la visite, l'architecte n'était malheureusement pas accompagné d'une autre personne prévue (historien des bâtiments de France ? je ne sais plus précisément) et n'était pas en mesure d'être vraiment précis sur les doutes et les indices... Dommage. Mais mon ami le mateur de nouilles résoudra peut-être cette énigme... ou découvrira peut-être pourquoi les ferronneries des portes ont des détails tellement guimardiens...

jeudi 17 septembre 2009

Paris Art nouveau en livre

J'ai fait l'acquisition ce jeudi d'un nouveau livre sur l'Art nouveau parisien, paru aux éditions du Chêne et intitulé "Paris Art nouveau".

J'étais impatient de l'avoir entre les mains, et en le feuilletant, je fus agréablement surpris par le format, les photos de gros plans, par les doubles pages (texte à gauche, photo pleine page à droite) et par le fait que l'auteure mettait en avant tel ou tel détail des immeubles, avec un détail par page. Mais la première impression n'est pas toujours la bonne.

Oui, me voilà bien embêté, car... je suis très déçu, voire énervé. Certes, ce guide ravira celui qui ne connaît pas les constructions d'Hector Guimard dans le 16ème arrondissement, et surtout le Castel Béranger qui fait l'objet à lui seul d'une dizaine de double-pages.

Mais je ne comprends pas à quoi servent les plans (car les constructions n'y sont pas localisées), le classement par arrondissement est simplement bancal, il y a même une grosse erreur de traduction (peut-être d'autres ? car l'ouvrage est bilingue) pour la station de métro Abesses... Et puis madame l'auteure, l'euphorie vous emporte ! Non Hector Guimard n'a pas eu 300 constructions à son actif ! Même pas 75 si l'on compte les sépultures ! A cela j'ajouterai que quelques vues de façade dans leur intégralité auraient offert au lecteur découvrant ce style un autre regard, mais ces vues d'ensemble sont rarissimes. L'Art nouveau, si l'on en croit les illustrations, se veut presque uniquement art de la décoration: décoration extérieure ou décoration intérieure des restaurants. Où est l'architecture dans tout ça ? L'immeuble de Sauvage de la rue Vavin est représenté par deux pauvres balcons... Un peu d'air ! Un peu d'espace !

Et puis je m'attendais, avouerais-je, à un guide plus complet, pas forcément exhaustif, mais un livre qui aurait vraiment mérité ce titre générique "Paris Art nouveau" et qui serait donc sorti un peu plus des sentiers battus (ce qui est le cas, je le reconnais, avec par exemple la construction de la rue Schoelcher, d'un Art nouveau extrêmement tardif loin de l'image de l'Art nouveau français). Puisque qu'elle a choisi un découpage par arrondissement, l'auteure aurait pu aller traîner du côté du centre ou de l'est parisien, complètement ignorés en dehors de l'immeuble de la rue du Renard et de la synagogue de la rue Pavée. Elle aurait pu montrer que le "Paris Art nouveau" qui fait le titre se glisse aussi dans l'arc outrepassé et la fraîcheur des céramiques du 8 rue Mélingue (19ème arrondissement), dans quelques façades de la rue Réaumur (2ème et 3ème), dans les iris sculptés du 337 rue des Pyrénées (20ème), dans les céramiques de la rue de l'Orillon (11ème), dans quelques sépultures des cimetières parisiens, etc.

Si j'ajoute, d'un point de plus plus subjectif, que les textes sont parfois carrément insipides, je ne vais pas être ami de l'auteure. Mais je pense que le format, où le texte est mis en avant et n'a pas le simple rôle de légende, obligeait à offrir au lecteur des textes de meilleure qualité, et en tout cas autre chose que, par exemple, une courte phrase décrivant une pauvre décoration florale sur une porte. Et je passe sur la photo qui fait le point sur un feuillage plutôt que sur le détail guimardien d'une façade...

Je vous avais dit que j'étais déçu... mais je pense qu'un livre qui cumule autant de défauts est un peu... en trop.

Evidemment si vous n'êtes pas d'accord avec moi profitez des commentaires.

mercredi 16 septembre 2009

Tiffany au Luxembourg

Le Musée du Luxembourg propose à partir d'aujourd'hui et jusqu'au 17 janvier 2010 l'exposition : "Louis Confort Tiffany : Couleurs et lumière"

C'est la première fois qu'une exposition est entièrement consacrée à cet artiste, le plus célèbre représentant Art Nouveau des arts décoratifs américains et des arts du verre en particulier.

Quelques 160 œuvres illumineront l'exposition : vases, objets, bijoux, etc. Des documents d'époque (photos, dessins, aquarelles viendront compléter le parcours. Un ensemble de vitraux sera vraisemblablement le clou de l'exposition.

Le scénographe est Hubert Le Gall qui avait déjà oeuvré pour celle de René Lalique, ce qui laisse présager une belle surprise...
Je ne suis pas un grand amoureux de Tiffany, mais je connais en vérité assez peu son oeuvre et je suis impatient de découvrir tout cela !
Pour les nord-américains - y en a-t-il parmi mes lecteurs? - l'exposition voyagera ensuite à Montréal du 11 février au 2 mai 2010 puis à Richmond (EU) au Virginia Museum of Fine Arts du 29 mai au 15 août 2010.

lundi 14 septembre 2009

Un livre : "Liberty", par Lara-Vinca Masini

Je suis simplement en retard de deux mois, car je n'avais pas parlé du livre offert par Nathalie suite à son séjour à Turin. Elle y trouva en effet un livre sur l'Art nouveau que l'on avait repéré lors de notre séjour commun à Lecce.
Que dire d'autre sur ce livre ? Qu'avec 470 pages richement illustrées (en majorité en noir et banc), il est le livre le plus complet que je possède sur ce style, tellement complet qu'il ne se limite pas à l'Art nouveau (à supposer que ce mouvement ait des limites) avec par exemple Fernand Holder pour la Suisse. En effet, l'auteur a choisi un découpage par pays (ou groupes de pays, les scandinaves ou les européens de l'Est étant regroupés), les trois premiers chapitres résumant quant à eux les influences, les tendances et les caractéristiques de l'Art nouveau et le dernier chapitre étudiant les projections de l'art nouveau dans les mouvements artistiques du 20ème siècle.
A noter que la dernière édition - la première date de 1976 - arbore un bel élément doré d'Hector Guimard en couverture... et qu'évidemment c'est écrit en italien.
Merci Nathalie !

dimanche 13 septembre 2009

Lumières 1900

Histoire de faire concurrence avec mon blog de photos...





Brasserie L'Européen (face à la gare de Lyon).

samedi 12 septembre 2009

118 rue Réaumur

Tiens tiens, revoici la rue Réaumur, avec le numéro 118 cette fois :



Le bâtiment est à proximité de chez moi, et j'adore lever le nez pour le regarder. Sa façade a la particularité de présenter une immense surface vitrée avec structure métallique sur les 2ème, 3ème et 4ème étage, mais le 2ème étage n'est pas en reste avec surtout son bow-window que l'on voit sur la photo au-dessus.
Les quelques éléments décoratifs (sculptures en pierre ou coups de fouets en métal) permettent de lui offrir un très léger cachet Art nouveau, mais même sans ces quelques très jolis froufrous il mériterait sa place ici pour sa structure si particulière.

Ce qui est amusant c'est qu'en regardant de plus près les photos, j'ai découvert des feuilles de marronniers bien cachées dans le balcon. Ci-dessous à gauche au milieu. Elles viennent compléter celles du garde-corps du 4ème étage. Je dis garde-corps mais je doute que ces grandes baies vitrées s'ouvrent. Quoi que... Bref : je ne sais pas.
Ce bâtiment à but commercial lors de sa construction est dû à l'architecte Joseph-Charles de Montarnal qui d'après parisenconstruction a réalisé deux autres constructions rue Réaumur. Dois-je rappeler que la rue Réaumur a été un immense chantier anti-haussmanien à la fin du 19ème siècle ? Et bien je le rappelle... et j'irai de plus près voir les autres réalisations de ce cher de Montarnal.

lundi 7 septembre 2009

Toulouse-Lautrec aux Arts décoratifs

Sur les 31 affiches réalisées par Toulouse-Lautrec, le musée des Arts décoratifs en possède 26. Les voici de retour sur les murs du musée, avec, en parallèle, des affiches réalisées en 2001 par 100 artistes contemporains.

Pas besoin de se précipiter, l'exposition a lieu jusqu'au 3 janvier 2010 (et ce depuis le 18 juin 2009). Pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer, le site du musée lui rend également hommage avec une dizaine de page consacrée à la vie et l'oeuvre de l'affichiste.

www.lesartsdecoratifs.fr

dimanche 6 septembre 2009

Aubrey Beardsley

J'ai déjà eu à plusieurs reprises l'occasion de parler d'Aubrey Beardsley, mais voici qu'aujourd'hui j'ai acheté un petit livre sur lui paru en 2001 chez Parkstone.

L'ouvrage retrace la courte vie de ce génie mort à 26 ans de la tuberculose : ses influences, ses conflits, ses réalisations (et même les plus sulfureuses). Richement illustré, dans un format original et agréable, ce petit livre est en plus à un tout petit prix : 5 euros. De quoi découvrir cet artiste sans se ruiner...

PS. Mais oui mais oui, les vacances c'était aussi pour ce blog... le voici qui reprend le travail !