Un blog autour de l'art nouveau

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vendredi 30 janvier 2009

La Loïe Fuller

Si la femme fut une très grande inspiration pour l'Art Nouveau, il est une femme qui le fut plus que toutes les autres : la Loïe Fuller.

Loie Fuller Cette danseuse américaine (1862 - 1928) raconte dans ses mémoires comment, en 1891, le hasard d'un costume trop long transforma aux yeux du public alors présent ses mouvements de gêne en un vol de papillon. Les mouvements devinrent alors une danse, et par un jeu de voiles et de lumière, elle habilla la scène et fit tourner la tête des plus grands, surtout à partir de son arrivée à Paris aux Folies-Bergères en 1892.

Les Frères Lumière - 1899

Loie Fuller par RodinElle enthousiasma Rodin (cf. ci-contre) qui s'était déjà intéressé au French-Cancan, inspira Mallarmé, Debussy disait qu'elle interprétait sa musique avec virtuosité, et Isabella Duncan se rappella dans son autobiographie les sentiments qu'elle éprouva en voyant Loïe Füller danser. Elle y utilisa un vocabulaire floral fort à propos pour décrire une "représentante" de l'Art nouveau :
"Devant nos yeux, elle se métamorphosait en orchidées multicolores, en fleurs de mer ondoyantes, en lys qui s'élevaient comme des spirales. C'était tout la magie de Merlin, une féérie de lumières, de couleurs, de formes fluides."
(On peut d'ailleurs considérer qu'Isadora Duncan succéda à Loïe Fuller comme inspiratrice des artistes. Ironie du sort, Isadora Duncan mourut au volant de sa voiture... étranglée par son écharpe !)

Evidemment, les volutes de ses voiles ne pouvaient qu'attirer les illustrateurs de l'époque pour réaliser ses affiches, tel Chéret :


ou Pal :



Henri de Toulouse-Lautrec, probablement touché par ce "renouveau" féminin, lui qui en avait tant vu au milieu des bordels de Paris, et des danseuses en frou-frou, la représenta à plusieurs reprises : la dessina, la peignit en 1892, puis 1893, parsemant alors sa danse des voiles de poussière d'or.
Loie Fuller par Toulouse Lautrec, 1892 Loie Fuller par Toulouse Lautrec, 1893

En 1894, c'est William Bradley qui représenta sa compatriote (avec Serpentine danse) d'une manière presque amusante : on n'y voit que les pieds dépassant d'un jeu de courbes.
Loie Fuller par William Bradley
La danseuse se retrouva au fil des ans sur des bijoux, des céramiques (par Clément Massier par exemple) ou des sculptures par (pour n'en citer que deux) Francois Rupert-Carabin ou Bernhardt Hoetger. Ce sculpteur allemand avait d'ailleurs travaillé avec Rodin et ses premiers bronzes était très influencé par le travail du maître et par l'Art Nouveau français.

Bernhardt Hoetger et ceux qui la représentèrent à partir de 1900, pour être autant envoûtés, avait-il vu la danseuse en spectacle lors de l'Exposition Universelle de 1900 ? Alors à son apogée artistique, elle y avait son propre théâtre dans la rue de Paris. Ce théâtre avait été réalisé par le jeune architecte Henri Sauvage. Le bâtiment était à l'image de la danseuse : celle-ci était représentée en plein relief au-dessus de l'entrée principale, le reste de la façade ondulant sous les voiles sculptés. C'est Manuel Orazi qui avait réalisé l'affiche pour son théâtre que l'on peut voir ci-contre.



La même année, Theodore Heine en fait également une illustration :

Mais l'oeuvre la plus emblématique date de 1901. Cette danseuse de (la) lumière fut alors transformée en pied de lampe, ses voiles devenant l'abat jour. L'artiste est F.R. Larche qui devra sa renommée grâce à ces/ses représentations de la Loïe Fuller en "fée électricité", car il ne se limita pas à un seul essai.


D'après mes rapides recherches dans mes livres et sur le web, la dernière fois que la Loie Füller fut immortalisée fut en 1910, par Koloman Moser :

... Mais mes recherches furent peu poussées : j'aurais sûrement pu trouver bien d'autres exemples de l'engouement qu'elle suscita dans le monde des arts. Je n'ai d'ailleurs pas évoqué le monde de la photographie... ni présenté ici tout ce que j'ai trouvé sur le sujet. Pour un deuxième billet peut-être ?

lundi 26 janvier 2009

René Lalique - Correspondance d'un bijoutier Art nouveau

Voici un livre acheté samedi qui va m'accompagner ces prochains jours dans les transports en commun : "René Lalique - Correspondance d'un bijoutier Art nouveau ; 1890-1908".

Je n'avais jamais été tenté par son achat — n'était-il pas un peu trop pointu ? —, mais comme il ne coûtait que la modique somme de 3 euros chez Mona Lisait, il aurait été dommage de résister. Si l'ouvrage retranscrit un certain nombre de lettres fort personnelles entre René Lalique et son épouse Alice Ledru, on y retrouve surtout les correspondances professionnelles du bijoutier écrites ou reçues par lui.
Le peintre Georges Clérain écrivant à Lalique qu'il lui ramènerait des cornalines d'Egypte, Sarah Bernhardt lui demandant d'ajouter des perles fines à une ceinture, Émile Gallé le priant de lui envoyer une facture en signant de ses "sentiments admiratifs et dévoués"... l'ouvrage met en lumière les relations de l'artiste avec ses connaissances, ses amis, ses acheteurs. Voilà donc une manière originale de se plonger dans l'univers de cet artiste majeur des années 1900.


René Lalique
Correspondance d'un bijoutier Art nouveau - 1890-1908
Textes rassemblés et annotés par Philippe Thiébaut.
Ed. La bibliothèque des Arts
ISBN 978 2 88453 125 2


NB. Ceux qui suivent auront noté que je devais parler d'une construction de l'expo 1900. Mon week-end ayant été amicalement bien rempli, mon long billet en cours n'est pas terminé...

vendredi 23 janvier 2009

Paris et ses expositions universelles, architectures, 1855-1937

Jusqu'au 12 mars, les expositions universelles de 1855, 1867, 1889 et 1900 sont mises à l'honneur à la Conciergerie, ainsi que les expositions de 1925, 1931 et 1937.

Ce sont principalement deux-cents photographies qui tentent de refléter la grandiloquence de ces moments... et des monuments qui furent construits pour ces occasions, la plupart ayant été détruits.
Evidemment on s'intéressera surtout à celle de 1900 qui a vu naître le Grand Palais, le Petit Palais ou le Pont Alexandre III, mais même en 1900 les bâtiments restèrent plutôt "classiques" - plus clinquants qu'originaux dirais-je -, à quelques exceptions près. Je reviendrai justement sur l'une des ces exceptions dès ce week-end.
L'exposition nous permettra en tout cas de nous plonger dans un Paris bien différent de celui que l'on connait aujourd'hui. Ayant déjà vu de nombreuses photographies de l'expo 1900 (je possède un ouvrage sur ce sujet et ma mère en possède un encore plus complet), j'espère surtout que la qualité des photos sera très bonne et que j'en découvrirai de nouvelles. A noter que je possède également un amusant guide édité à l'époque par le Bon Marché à destination des visiteurs. Sur 350 pages, il est illustré de gravures et des plans de l'exposition...
Bref, rendez-vous à la conciergerie avant le 12 mars !

« Paris et ses expositions universelles, architectures, 1855-1937» La Conciergerie
2, boulevard du Palais 75001 Paris
(Métro Châtelet, Saint-Michel ou Cité)
Tél. : 33 / (0)1 53 40 60 80

Ouvert tous les jours de 9h à 17h ; du 1er mars au 12 mars, de 9h30 à 18h

mardi 20 janvier 2009

Citation - 1

Histoire de remplir un peu plus régulièrement ce blog (avec facilité, je vous l'accorde), j'entame une petit rubrique "Citations"...

Quelles fleurs attendre, et quels fruits, si fleuriste et vigneron ignorent les puits d'arrosement, si l'artisan du décor méconnaît la nature, source de fraîcheur, restitution de la sève, bain matinal qui rajeunit, si l'artiste ne pratique pas le culte qui demande et obtient l'inspiration, c'est à dire s'il néglige l'adoration contemplative de la vivante beauté partout répandue ?

Emile Gallé, Gazette des Beaux-Arts, 1897


lundi 19 janvier 2009

Emil Nolde

L’exposition sur Emil Nolde (1867 – 1956), qui se termine aujourd’hui au Grand Palais, était l’occasion pour moi de découvrir ce peintre de la couleur. Des couleurs lumineuses, vives, dans lesquelles il chercha la plus grande force expressive possible.

Les liens entre Nolde et le mouvement de l’Art nouveau sont plutôt minces sur la forme — le peintre, de toute manière, lutta toujours pour son indépendance artistique et ses relations avec les mouvements furent relativement éphémères et toujours houleuses —, mais celui-ci ayant débuté sa carrière de peintre à la fin du 19ème siècle, il croisa les chemins des avant-gardistes de tout bord des années 1900. C'est donc surtout sur le fond que sa recherche de renouveau stylistique est à mettre en parallèle avec ce(s) mouvement(s). Parler de forme en parlant d'Art nouveau, étant donné les différences entre chaque pays, est de toute façon un peu... mmm... stupide ?

C’est ainsi qu’en 1897, alors sous son véritable nom d’Emil Hansen, il publie dans la revue Jugend (curieusement traduit, dans l’album de l’exposition, de manière non littérale par « Art nouveau ») deux aquarelles réalisés lors de ses excursions en montagne. La revue Jugend fut la revue qui défendit le plus le mouvement Art-nouveau outre-Rhin au point de donner son nom au Jugendstil. Nolde se rend également à l’exposition universelle de 1900, où il fait la découverte des peintres danois. Ces mémoires parlent-elles de ce qu’il a ressenti en se rendant à Paris et de se qu’il pensa alors de l’Art nouveau français ? En fait, ce sera surtout Van Gogh qui l’influencera ; mais, toujours dans l’esprit de se senti indépendant artistiquement, ce n’est que longtemps après que ses œuvres les plus vangoghiennes seront peintes : autoportrait en 1917, tournesols en 1928…

En 1905, année où il découvre Gauguin à Weimar, Nolde expose son tableau « Jour de moisson » au salon de la Libre Esthétique de Bruxelles, puis, un an plus tard, il expose à la Sécession berlinoise, dont il devient membre de droit en 1908 (après avoir été membre de Die Brücke)… jusqu’en 1910, son tableau La Pentecôte étant refusé par le mouvement.

L’anecdote « amusante » au sujet de ce « Jour de moisson » exposé à la Sécession berlinoise est relevé par Nolde lui-même dans ses mémoires : « Nous explorons les salles à la recherche du tableau, de "mon premier tableau" présenté à la Sécession berlinoise.. Nous le découvrons, accroché au-dessus de la porte des toilettes. D’abord interloqués par cette "place d’honneur", nous finissons par apprendre qu’après le refus de mes œuvres et le départ du jury, Paul Cassire a lui-même transporté le tableau à l’intérieur mais n’a trouvé que cet emplacement de disponible. »

Dernière remarque : dans l’exposition, l’œuvre la plus proche formellement de l’Art nouveau français est une gravure représentant une jeune femme. Ce profil à la pointe sèche et eau forte sur acier est proche de ce que les illustrateurs de l'époque nous ont offert.

Pour ce qui ont encore le temps, courez voir cette exposition cet après-midi !

dimanche 18 janvier 2009

La salle à manger de l'Hôtel Guimard - correction

Une petite visite aujourd'hui au Petit Palais m'a permis de compléter les informations notées sur le billet publié hier soir. J'aurais pu, cela dit, regarder un peu plus attentivement mes photographies pour constater les différences notées en premier :

Tout d'abord, un seul fauteuil et huit chaises sont exposées. Deux des chaises n'ont pas le cuir d'origine.
De plus: les oeuvres exposées dans les vitrines des buffet sont :
- pour le buffet de gauche : céramiques de Pierre-Adrien Dalpayrat.
- pour le buffet du fond : pièces d'orfèvrerie de Henri Husson.

On peut également voir une cheminée en fonte bronzée dans la salle attenante. Datées "vers 1910" et donnée par Guimard, on peut supposer qu'elle était également à l'hôtel Guimard.

Une version corrigée du billet verra le jour très prochainement.

samedi 17 janvier 2009

La salle à manger de l'Hôtel Guimard

(voir également le correctif ce jour-ci dans un autre billet en attendant une nouvelle version mise à jour)

Pour voir du mobilier Guimard gratuitement, l'une des solutions qui s'offrent au parisien et au touriste est la visite des collections permanentes du Petit Palais. En effet, on peut y admirer la salle-à-manger que Guimard avait réalisé pour l'hôtel Guimard, au 122 avenue Mozart (Paris XVIème).
Hector Guimard épouse la peintre Adeline Oppenheim le 17 février 1909, et la construction de leur hôtel particulier est terminée en 1910. Les jeunes époux Guimard attendent cependant que l'aménagement intérieur soit terminé pour s'y installer, en mai 1913. Ils y vivront jusqu'en 1930.

En 1948, soit 6 ans après le décès de son époux, Adeline Guimard décide de faire don à l'État de cet hôtel particulier. Le don est refusé, et elle se retourne vers trois musées pour leur faire don du mobilier : le musée des beaux-Arts de Lyon pour sa chambre à coucher — car chacun avait sa chambre, et l'on n'a d'ailleurs aucune idée de ce à quoi ressemblait la chambre de l'architecte malgré les nombreuses photographies existant pour les autres pièces — , le musée de l'École de Nancy pour divers éléments et le Petit Palais pour la salle-à-manger. On notera qu'elle remit également la pendule (appelée régulateur ?) du vestibule au musée des Arts Décoratifs de Paris. L'hôtel est vendu, et Adeline repart aux Etats-Unis où elle fait don d'éléments d'aménagement et de documents à quelques musées.

Le salon que l'on peut voir au Petit Palais est une belle mise en lumière du délicat talent de l'architecte et une élégante définition de l'Art Nouveau où tout devait être décoratif.


On n'y retrouve malheureusement pas les moulures qui ornaient la pièce, mais les buffets, la table, les six chaises, les deux fauteuils et les boiseries habillant les murs. La pièce est toujours éclairée par le même lustre et est agrémentée de quelques céramiques. Je ne sais pas si elles décoraient la pièce à l'époque mais une des photographies montre le vase toujours posé au centre de la table.

hector guimard, petit palais, détail d'un fauteuil

Puisque l'on ne peut pas entrer dans la pièce et s'approcher des objets, on se référera au livre de Georges Vigne (p. 262 à 271) pour s'amuser de la présence du monogramme où un G et un O (pour Oppenheim, nom de jeune fille d'Adeline) sont entrelacés ou pour voir de nombreux détails des boiseries sur les splendides photographies.


Petit Palais
Avenue Winston Churchill - 75008 Paris
Accès gratuit au collections permanentes.
Horaires : ouvert tous les jours de 10h à 18h sauf lundi et jours fériés.

Source :
Hector Guimard - Georges Vigne, Félipé, Ferré

 

vendredi 2 janvier 2009

Les ombellifères - Philippe claudel

Nathalie m'avait offert il y a quelques mois un tout petit ouvrage de Philippe Claudel intitulé : « Les ombellifères ». J'en avais jusqu'alors seulement admiré les illustrations, mais j'ai aujourd'hui lu ce charmant et court récit, qu'on imagine autobiographique. L'auteur y raconte en quelques paragraphes son plaisir à s'approcher de la rivière – il n'a alors que 5 ans - au milieu de « ces hautes demoiselles pas encore fauchées ».

ombellifères - Philippe Claudel - copyright Ed. Circa
Les illustrations font face aux 5 petites pages du texte, elles représentent des fleurs d'ombelle, d'ail, d'oignon et de nigelle ; un couple de poissons habille également la dernière page où l'on peut y lire que les illustrations proviennent d'études d'Emile Gallé, reproduites par l'agence de la RMN.

Cet adorable objet aux teintes vertes est paru chez Circa.
www.circa1924.com